Bref historique du français

césarOuch, la vilaine tête! On peut dire que ce cher César et son bon vieux latin en ont fait, du boulot! Le français est en effet, en grande partie, issu de la langue des Romains même si, nous allons le voir, les influences sont nombreuses. Les multiples rebondissements qui font l’histoire du français témoignent de la richesse… mais aussi de la complexité de la langue de Molière.  Voilà pourquoi il est intéressant de l’étudier… et puis un peu de culture n’a jamais tué personne, pardi!

 

Les origines du français

Le français est au croisement du latin et du germain, l’ancien allemand. Le fond celte (gaulois) est presque totalement oublié, sauf dans quelques mots.

  • Le fond latin : la Gaule, conquise par Jules César entre 58 et 52 ACN, est entièrement romanisée deux siècles plus tard au moment des premières invasions germaniques. Voilà pourquoi plus de 80% du français vient du latin. Toutefois, ces mots ont beaucoup évolué sous l’influence de prononciations locales.
  •  Le fond germanique : les invasions germaniques, à partir de la fin du 2è siècle et surtout à partir de la chute de Rome en 410, sont à l’origine d’une nouvelle transformation linguistique. Toutefois, c’est l’envahisseur qui va, pour l’essentiel, adopter la langue du vaincu. Les élites germaniques adoptent le gallo-romain parlé en Gaule et se christianisent : Clovis, roi des Francs, originaires de Saxe, est baptisé en 496.

En 842, les deux petits-fils de Charlemagne scellent leur alliance contre leur frère par un traité, Les Serments de Strasbourg, rédigé dans la langue de chacune de leurs armées: l’ancien français et le haut allemand. C’est l’une des premières fois où le français apparaît dans un texte officiel.

Certains mots sont communs au celte, au latin et au germain, dans la mesure où tous découlent d’une même langue-source : l’indo-européen. Plus tard s’ajoutent des mots venus de nombreuses autres langues, comme l’arabe par exemple.

Du latin au français

Oc et oil sont les deux manières de dire oui au sud et au nord de la Loire qui sert de barrière symbolique entre les deux parties de la France. Plus proches de la langue cultivée qu’est le latin, les langues d’oc correspondent également à une civilisation moins brutale que celle du Nord. Elles seront finalement mises de côté pour la langue du roi qui conquiert peu à peu l’Île-de-France (à ce moment-là, bien parler revenait à parler comme le roi). Les langues du sud resteront toutefois actives jusqu’aux 19è et 20è siècle, avant de décliner avec l’exode lié à la révolution industrielle (elles restent actives car les Romains ont envahi la Gaule par le sud : les langues d’Oc sont donc plus proches du latin que les langues d’oil, et le latin est, à l’époque, la langue par excellence).

L’ancien français est la langue parlée au nord de la Loire. Du latin, elle garde l’essentiel de son vocabulaire, transformé par les prononciations locales, ainsi qu’une petite partie de sa grammaire simplifiée.

Les Romains déjà ne parlaient pas comme ils écrivaient. Le latin populaire (parlé par le peuple) évolue vite parce qu’il est parlé, souvent mal, dans tout l’empire. Il est à l’origine de l’ensemble des langues romanes que nous connaissons aujourd’hui, comme le français, l’espagnol ou le roumain. La tradition du latin écrit est perpétuée par les moines. Ils fixent rapidement une langue de culture opposée aux langues populaires qui ne seront mises par écrit que très tardivement. Pendant tout le Moyen Âge, 80% de la littérature européenne est écrite en latin, langue des intellectuels. C’est également en latin que se fait l’enseignement de toutes les disciplines dans les grandes universités contrôlées par l’Église.

L’unification de la langue

 

Le français s’est imposé très lentement, non seulement dans l’usage littéraire, dominé par le latin, mais dans la vie de tous les jours, où régnaient les langues régionales.

L’édit de Villers-Cotterêts, promulgué en 1539, impose l’usage de la langue française dans les tribunaux. Ceux-ci utilisaient jusqu’alors exclusivement le latin et leurs décisions étaient donc mal comprises par le peuple. L’installation définitive des rois de France en Île-de-France impose peu à peu l’usage de la langue française aux seigneurs qui entourent le souverain.

La fixation de l’orthographe

Longtemps, le français s’est écrit comme il se parlait. Toutes les lettres se prononçaient, comme en latin. La notion d’orthographe n’existait pas. Il y avait donc au Moyen Âge autant d’orthographes que de scripteurs. Les moines, eux, sont plus intéressés par l’aspect esthétique de leurs manuscrits que des corrections orthographiques : lorsqu’ils recopient des textes, il leur arrive donc très souvent d’oublier, d’ajouter ou de transformer certaines lettres pour faire plus joli.

Au 16è siècle, certains réformateurs, comme Robert Estienne, veulent écrire le français comme on l’entend et proposent des réformes visant à simplifier la graphie. Ils inventent les accents pour rendre compte de la prononciation. Ils tentent de supprimer les lettres qui ne se prononcent pas et la plupart des lettres doubles. L’absence de dictionnaire et le manque d’intérêt des dirigeants rendent toutefois toute généralisation de la langue très difficile.

Du Bellay (1522-1560) affirme, lui, que le français vaut bien le latin. Toutefois, langue et culture latines restent exemplaires. On justifie donc l’orthographe par l’étymologie et on invente des séries de mots sur leur modèle latin.

La fixation de la grammaire

Largement dépendant du latin pour son vocabulaire, le français s’en dégage radicalement dans sa grammaire. Si l’ancien français distinguait encore deux cas issus du latin, le français moderne (dès le 16è siècle), ne distingue plus que le singulier et le pluriel.

Le latin, surtout en poésie, pouvait se permettre un ordre des mots fantaisiste puisque les déclinaisons indiquaient la fonction grammaticale. Il en est de même en ancien français mais de façon atténuée.  C’est la disparition des déclinaisons dans le français moderne qui impose l’ordre des mots dans la phrase et l’utilisation de déterminants.

Les poètes de la Pléiade, eux, manifestaient toujours une grande liberté d’invention, mais Malherbe, au 17è siècle, reprend en main la grammaire et le lexique en fixant des règles qui ne permettent presque plus d’innover. Les mots d’origine provinciale sont bannis et la langue se voit épurée au nom du roi… pour mieux l’imposer au roi (Henri IV et son entourage étranger) qui ne parle pas bien français.

La nécessité de définir le bon usage naît de la concentration du pouvoir à Paris : les provinces devront parler la langue du roi pour penser comme le roi.

Dictionnaires et encyclopédies

Durant six siècles, les Français ont parlé en se passant de dictionnaires. Le 18è siècle les inventera par souci politique plus que linguistique.

Ce sont les humanistes, grands traducteurs de textes, à commencer par les textes religieux, qui créent les premiers lexiques, ancêtres des dictionnaires, où le sens des mots est donné par leur équivalent grec ou latin. Créée en 1634 par Richelieu, l’Académie française a pour première tâche d’élaborer un dictionnaire. Elle mettra soixante ans pour y parvenir et publiera un dictionnaire en 1694 réglementant le sens des mots. Furetière, un académicien, doublera ses collègues en achevant avant eux le Dictionnaire universel (1690), qui le fera exclure de l’Académie mais qui restera longtemps une référence irremplaçable.

Le français est la plus normative des langues européennes : il se réfère sans cesse à un ensemble de règles inviolables, tant du point de vue morphologique que grammatical.

Malgré l’essor du français, les genres littéraires nobles restent réservés au latin. Du Bellay, en 1549, tente de prouver que le français vaut autant que le latin dans son ouvrage Défense et illustration de la langue française. Au 16è siècle, pour enrichir la langue, des savants créent des mots à partir d’éléments issus du grec ou du latin. Il arrive donc que le même mot latin donne naissance à deux mots français : un d’origine populaire, un d’origine savante. On appelle ces mots des doublets. Par exemple, le mot latin potionem signifie, dans la langue populaire, poison, mais sera repris par les savants pour désigner une potion.

Le Classicisme, Les Lumières et le Romantisme vont permettre au français d’évoluer véritablement en littérature. Il sera, jusqu’à la fin du 19è siècle, la langue de circulation dans laquelle s’entretenaient les voyageurs et les écrivains.

Emprunts

Le français est une langue métissée : il a souvent emprunté des mots d’origine étrangère. L’ancien français (9è – 13è siècle) reçoit notamment des mots issus des Vikings et s’enrichit principalement de termes de navigation : crique, drakkar, … Il emprunte aussi quelques 270 mots scientifiques à l’arabe : alambic, alchimie, algèbre, amiral, azur, calibre, chiffre, échec, élixir, jupe, matelas, momie, nuque, raquette, zénith, zéro, …

La Renaissance, amorcée au 15è siècle, est aussi l’occasion pour le français de puiser des mots dans la langue italienne (+/- 2000 mots) comme balcon, banque, caleçon, pantalon, douche, escalier, concert, carnaval, carrosse, façade, frégate, carnaval, moustache, sonnet, caresse, spadassin, sentinelle, caporal, brave, … L’espagnol nous donnera aussi des mots comme bandoulière, bizarre, fanfaron, mascarade et surtout les mots venus du Nouveau Monde comme tabac, patate, cacao, chocolat, …

L’anglais, qui a fini par rivaliser et dépasser le français au siècle des Lumières en Angleterre, lègue aussi son lot de mots : bifteck, budget, cabine, club, coke, humour, importer, meeting, spleen, … C’est la mondialisation, qui s’intensifie à partir de 1970, avec l’influence de la culture américaine, qui force de nombreux emprunts de mots anglais dans le vocabulaire de nombreux domaines comme ceux des machines (tank, bulldozer, scooter, jeep, …) ou du spectacle (prime, show, star, hit-parade, zapping, casting, …).